Toute décision d’investissement porte en elle la recherche et donc l’espoir d’une création de valeur. Dans l’investissement financier, la création de valeur trouve sa mesure dans une performance économique et financière calculée par chaque société de gestion à l’occasion d’un reporting financier normé, permettant de communiquer à l’investisseur les résultats obtenus: performances chiffrées, ratios de valorisation, indicateurs de risque, etc…

S’il est également voué à la performance, l’Investissement Socialement Responsable (ISR) diffère des approches financières traditionnelles car sa mise en œuvre requiert de prendre en compte des éléments d’analyse et d’appréciation qui ne relèvent plus exclusivement des seuls domaines comptables et financiers. Il s’agit d’éviter ainsi une simplification à outrance de l’analyse de l’entreprise, acquise exclusivement grâce aux chiffres du compte de résultats ou du bilan, et des calculs réalisés avec les outils maintenant traditionnels de l’analyse financière.

Mais là où la finance utilise la monnaie comme unité de mesure et définit des normes généralement reconnues, qu’en est-il dans les domaines sociaux et environnementaux ?

 Qu’en est-il du reporting pour un fonds ISR ? Comment rendre compte à l’investisseur de la prise en compte dans l’analyse de l’entreprise  des enjeux extra-financiers ? A partir des informations sociales et environnementales, peut-on mesurer, apprécier, dans des domaines non financiers les résultats obtenus par un portefeuille d’entreprises cotées ? L’expérience menée par La Financière Responsable au travers de la réalisation de l’Empreinte Ecosociale© pour chacun des fonds qu’elle gère ouvre des pistes de réflexion sur la pertinence du reporting ISR.

Les normes pouvant être utilisées :

Pour élaborer un reporting extra-financier, la première étape consiste à identifier et relever les normes et les standards internationaux définis par des instances supranationales: ils sont nombreux. La Financière Responsable utilise, par exemple, pour examiner les résultats des entreprises en matière de santé – sécurité, les taux de fréquence et les taux de gravité définis précisément par l’Organisation Internationale du Travail. Les taux d’absentéisme et les taux de rotation du personnel ont également des définitions communément admises et applicables, quels que soient le secteur d’activité et  la zone géographique où opère l’entreprise. Dans le domaine social, nombreux sont les indicateurs dont la définition résulte de normes internationales pouvant faire l’objet d’un consensus de la part des analystes. On recense également de nombreux référentiels et des sources statistiques internationales fiables pour se livrer à des analyses comparatives plus approfondies (Commission Européenne, Eurostat, Insee, Chaire d’études…).

En matière d’environnement, la définition des gaz à effet de serre (GES) fait l’objet d’un consensus scientifique représenté par le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement et de l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale). Pour estimer les émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise, les méthodes de conversion des sources d’énergie utilisées (gaz, pétrole, charbon, électricité…) et des émissions de gaz industriels en équivalents tonnes de CO2, ainsi que la définition des périmètres de calculs (émissions directes, indirectes et induites : scope 1, scope 2 et scope 3) sont encadrées par l’ONU et en France, l’Ademe. C’est également à partir des normes définies par l’Agence Internationale de l’Energie qu’il est possible d’évaluer les consommations énergétiques des entreprises à partir des différentes sources de leur mix énergétique, en utilisant des taux de conversion faisant référence au plan international.

Ce sont ces normes et ces méthodes que nous utilisons pour nourrir bon nombre d’indicateurs sociaux et environnementaux de l’Empreinte Ecosociale©.

Obtenir et fiabiliser les informations…

Toutefois, comme il n’existe pas de base de données extra-financières suffisamment exhaustives et fiables, il convient de recueillir l’information et les indicateurs à la source, c’est à dire directement auprès des entreprises étudiées, en s’assurant bien évidemment qu’ils sont normés et exploitables  ! Nous avons alors recours à un questionnaire pré-rempli par nos soins des informations trouvées dans la communication institutionnelle de l’entreprise, que nous adressons annuellement à chaque entreprise. Si le travail est fastidieux et consommateur de temps et de moyens, cette démarche présente de multiples avantages : fiabiliser les données obtenues via la validation par l’entreprise « émettrice » lors du renvoi du questionnaire, et permettre une traçabilité complète pour nos clients lors de la présentation des résultats de l’Empreinte Ecosociale®.

La traçabilité des informations et des données s’accompagne pour chaque indicateur de la communication d’un taux de réponse et d’un périmètre de couverture. Ces deux données permettent au lecteur de mesurer très précisément la fiabilité de l’indicateur pour le portefeuille étudié. Le recours au questionnaire présente également l’avantage, et non des moindres, pour La Financière Responsable d’établir et de maintenir dans la durée un dialogue récurrent avec les entreprises sur leurs indicateurs non-financiers. C’est là une manifestation importante et positive d’un engagement actionnarial constructif et non agressif. Les entreprises le reconnaissent volontiers.

Définir des conventions méthodologiques ou d’étude qui tiennent la route…

Une fois la donnée fiabilisée et traçable, La Financière Responsable effectue des choix méthodologiques en arrêtant de nombreuses conventions d’études au service d’un principe de prudence et de réalité élémentaire, et au détriment de la tentation quantitative dans l’interprétation des résultats obtenus.

Prenons l’exemple de l’investisseur qui cherche à évaluer l’évolution de l’emploi salarié dans les entreprises sélectionnées dans le fonds sous étude, en comparaison avec celles composant l’Eurostoxx 50 sur les cinq dernières années. Pour cadrer ce sujet, nous avons dû faire des choix :

  1. Bien que la composition du portefeuille et de l’indice soient appelées à évoluer sur les 6 dernières années, nous figeons arbitrairement la composition du portefeuille et de l’indice à une même date, généralement au 30 septembre, pour tenir compte du temps nécessaire pour recueillir et analyser l’information publiée lors de la publication des derniers résultats annuels (entre mars et juin de l’année).
  2. Les résultats ne sont pas pondérés par la capitalisation ou le poids de l’entreprise : cela pourrait biaiser grandement les résultats obtenus et masquer les réalités économiques ! En effet, si en absolu les grandes entreprises créent le plus d’emplois, la dynamique dans la durée est la plus forte chez les petites et moyennes capitalisations.
  3. Les cessions d’activité, et inversement les acquisitions, sont respectivement décomptées ou intégrées dans l’évolution des effectifs sans autre retraitement ; on se gardera donc de parler de “création d’emploi” pour utiliser plutôt le terme “d’évolution des effectifs”. Il serait en effet impossible de neutraliser ces cessions et acquisitions d’année en année. Ne pas en tenir compte équivaudrait à nier les croissances et respirations externes.
 Admettre que l’estimation est supérieure à l’absence d’informations 

En matière d’emploi, nos travaux réalisés ces trois dernières années montrent qu’il n’est pas encore possible à ce jour, faute d’informations suffisamment précises, de mesurer avec fiabilité dans l’évolution des effectifs la part qui revient à des créations nettes de poste. Pour un portefeuille, il est donc raisonnable de se limiter, à ce jour, à l’évolution globale des effectifs salariés.

Pour des enjeux quantifiables (émissions de CO2, énergies consommées), l’information peut, soit ne pas couvrir la totalité du périmètre d’activité, soit ne pas être suivie par le management. Dans le premier cas, il convient de la retraiter pour calculer une estimation sur la totalité de l’activité à partir de données économiques (chiffres d’affaires, part dans la structure de coûts…). Dans le deuxième cas, sur des métiers similaires, l’analyste peut recourir à des estimations à partir de données issues d’entreprises comparables qui publient l’information.

La démarche présente certes l’inconvénient de n’être fondée que sur une estimation, elle a au moins le mérite de combler l’absence d’informations et de permettre une appréciation plus compréhensible par le lecteur. Il est évidemment impératif que ces conventions et les méthodes de calculs utilisées soient clairement exposées et évidemment vraisemblables. Pour imparfaite que soit cette approche, elle a le mérite d’être plus explicite que le résultat d’une notation parfois obscure.

En conclusion, il n’est sans doute pas souhaitable de définir de façon uniforme les indicateurs qui devraient être repris dans le reporting d’un fonds ISR ; chaque société de gestion doit garder la liberté de la thématique qu’elle souhaite proposer aux investisseurs. Pour autant il parait indispensable, a minima, que les fonds dits ISR fournissent systématiquement un reporting dédié à l’appréciation des valeurs ajoutées non financières des entreprises sélectionnées, et donc du portefeuille, en utilisant des indicateurs aux mesures soit normées ou généralement reconnues, soit à défaut clairement explicitées.

L’Empreinte Ecosociale® de La Financière Responsable atteste d’un travail de recherche, entrepris depuis maintenant trois ans, de plus en plus large, tant en raison de l’augmentation du nombre d’indicateurs couverts, que de l’interprétation des différentes données collectées. L’objectif de cette recherche et d’arriver peu à peu à démontrer que les données extra financières (sociales, environnementales, sociétales, etc.), couplées aux données financières, sont indispensables pour avoir une connaissance solide et complète d’une entreprise et apprécier sa capacité à créer durablement de la croissance.

Chacun de nos clients est ensuite libre de sélectionner les thèmes ou les sujets qui l’intéressent parmi les 63 indicateurs publiés dans l’Empreinte Ecosociale® 2012.

Stéphane Prévost – 13/05/2013

Pour plus d’information lfr@lfram.fr

Cette publication a été réalisée par La Financière Responsable dans un but d’information uniquement. Elle ne constitue ni une offre, ni une sollicitation, ni une recommandation par un membre quelconque de La Financière Responsable en vue d’un conseil ou d’un service d’investissement, pour acheter ou vendre des instruments financiers.