La semaine de l’Investissement solidaire va commencer le jeudi 9 novembre, et de nouveau resurgit la confusion entre investissement solidaire, investissement de partage, investissement éthique et investissement socialement responsable (ISR) !
Mettons donc un peu d’ordre dans ces concepts qui poursuivent des buts différents et empruntent donc des voies différentes. La confusion n’est utile à personne et en tout cas dessert les tenants de chacun des concepts.
Les définitions proposées ci- dessous éclaireront le lecteur et le mettront, espérons-le, face à l’évidence de la différence :
L’investissement solidaire s’adresse à des personnes soucieuses d’apporter une aide financière par la mise à disposition (et non le don) de capitaux à des entreprises solidaires. Une entreprise solidaire est une entreprise non cotée, ou un organisme à but non lucratif, correspondant aux normes définies par la Loi (Article L3332-17-1 du Code du Travail, créé par Loi n°2008-776 du 4 août 2008 – art. 81 – V) et qui s’engagent notamment à faire travailler des personnes en état de fragilité sociale pour pouvoir bénéficier d’un agrément spécifique. Ces entreprises développent des projets à fort impact dans les domaines de l’emploi, du logement, de l’environnement, du social en général et de la solidarité internationale. L’investisseur poursuit là une démarche spécifique inspirée par une forte volonté philanthropique l’amenant à vouloir aider par un geste économique le développement de projets toujours passionnants et mobilisant l’énergie d’acteurs de grands talent et dévouement. Il faut noter que dans une période où les taux d’intérêt à très court terme ne rapportent que très peu, et où les marchés financiers sont parfois risqués, l’investissement solidaire peut être finalement un havre de paix financière lorsqu’il est effectué avec l’aide d’organismes spécialisés comme par exemple la SIFA (Société d’investissement France Active) ou Habitat et Humanisme dans le domaine de l’insertion par l’emploi pour le premier et par le logement pour le second.
L’investissement de partage s’adressent à des personnes qui souhaitent, dans un même geste, valoriser leur patrimoine et partager au profit de personnes dans le besoin, ou de projets humanitaires d’entraide, le fruit de cette valorisation, qu’elle prenne la forme de dividendes ou de plus-values. L’investissement est ici financier et a pour objet d’atteindre le meilleur niveau de rentabilité afin de nourrir de façon optimale l’acte de partage. Les fonds mettant en œuvre le partage le font souvent au profit de grandes œuvres de solidarité internationale comme la lutte contre la faim dans le monde. Ils peuvent être également engagés sur des opérations ponctuelles (aide à des personnes victimes de catastrophe naturelles par exemple). Le partage, issu du résultat d’un placement financier, reste un don et non un acte économique d’investissement ou de prêt.
L’investissement éthique est un investissement qui suit des règles d’affectation propres venant à exclure de son champ d’application des activités que l’investisseur ne souhaite pas financer (par exemple l’industrie de l’armement, du tabac, de l’alcool, productrice de pilules abortives, de viande de porc, ou investies sur des activités financières , etc. ). Les fonds dits éthiques observent des règles d’exclusion qui sont décidées d’un commun accord avec les investisseurs ou leurs représentants. L’expression la plus parfaite de ce type de fonds se retrouve dans les fonds dits dédiés, réservés à un seul investisseur (ou une seule catégorie très homogène d’investisseurs, partageant expressément les mêmes objectifs).
L’Investissement Socialement Responsable – ISR, dont la dénomination prête souvent à confusion, porte sur des entreprises (ou des Etats) sélectionnés en fonction de critères financiers et extra financiers. Il s’agit là de la définition la plus simple et objective de ce type d’investissement. Cela suppose donc que l’investissement ne suit plus des règles purement quantitatives ou mécaniques assises uniquement sur des données financières car seules chiffrées et homogènes. Rentre en ligne de compte dans la sélection de valeurs une appréciation d’autres critères, avec une pondération variable, généralement dénommés ESG, c’est-à-dire Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance. Le but de ce type de placement est d’apporter la performance financière la plus élevée et pérenne possible. La performance est appréciée dans le temps, et non pas simplement à court terme. Elle se fonde alors sur la conviction que seules les entreprises ayant un développement équilibré prenant en compte toutes les parties prenantes sont porteuses à terme des plus grandes satisfactions financières pour l’investisseur.

On voit donc qu’entre la démarche solidaire, celle du partage, le souci éthique et enfin l’approche ISR, les inspirations sont fondamentalement différentes et supposent des attentes également différentes.
Certes ces définitions sont pures. Elles peuvent néanmoins laisser la place à des investissements pratiquant un mix de différentes approches. Par exemple, et cet exemple est le plus connu, un FCP solidaire, qui doit figurer dans l’offre de placement de l’épargne salariale, contient dans son actif au minimum 5 à 10% d’investissements solidaires au sens de la définition développée plus haut. Cette part parait limitée mais il convient de garder à l’esprit qu’un fonds commun de placement doit, conformément aux règles légales, et sous la surveillance de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), être en mesure de faire face à toute demande de rachat de parts. Il doit donc être liquide et ne peut donc s’investir dans des proportions excessives dans des titres de l’économie solidaire qui par définition ne sont pas, ou que très peu, liquides. A côté de ces actions solidaires, les autres investissements sont plus traditionnels et peuvent être, ou non, ISR, éthique ou de partage.
Pour citer d’autres exemples de mix, un FCP ISR pourrait intégrer quelques exclusions qui, sans être sectorielles, viseraient des pratiques que les gérants ne souhaiteraient pas retenir car susceptibles d’entacher la réputation et donc la pérennité d’une entreprise ( par exemple, pratique de licenciements avec stricte application des normes légales et conventionnelles, sans mesures spécifiques d’accompagnement).

Chaque investisseur peut donc trouver ce qu’il recherche dans ces différentes formules. Mais de grâce arrêtons d’entretenir la confusion : Veillons à employer les bons vocables pour désigner ce dont on souhaite parler, et tout s’éclairera ! Sinon la confusion obscurcira immanquablement le champ et nuira à chaque acteur, investisseur, bénéficiaire ou gérant.

Olivier Johanet – 30/10/2012

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